Pouvez-vous vous présenter brièvement, revenir sur votre parcours dans le domaine de la microbiologie, ainsi que nous expliquer ce qui vous a attiré dans cette discipline?
Je m’appelle Pierre SANTUCCI, j’ai 32 ans et je suis chargé de recherche de classe normale au CNRS.
Je dirai que mon parcours universitaire est assez conventionnel. J’ai été d’abord diplômé d’un Master recherche en Microbiologie à Aix-Marseille Université en 2015, puis j’ai poursuivi mon cursus en thèse au sein de l’Institut de Microbiologie de la Méditerranée. Après l’obtention de mon diplôme de doctorat en 2018, j’ai effectué une mobilité post-doctorale au Francis Crick Institute de Londres au sein du groupe de Max Gutierrez avant d’être recruté au CNRS en 2022.
Au cours de ces dix dernières années, j’ai eu l’opportunité d’appendre et d’évoluer scientifiquement dans des environnements de très grande qualité, où la Microbiologie moléculaire et cellulaire a été au centre de mon parcours.
La Microbiologie est un domaine de recherche fascinant, où l’on se plonge dans un monde complexe et mystérieux, l’infiniment petit. Depuis plus de 15 ans, et mes premiers pas en laboratoire, je suis fasciné par les espèces pathogènes et leur capacité à déjouer nos défenses immunitaires. C’est d’ailleurs ce qui m’a conduit à travailler sur le n°1 des « serial killers » bactériens, Mycobacterium tuberculosis, le bacille de la tuberculose.
Lauréat de l’appel à projets IM2B "nouveaux entrants" 2023, quelle thématique de recherche avez-vous pu amorcer grâce à ce financement, et quel en était l’objectif ?
Le projet financé par l’IM2B avait deux objectifs principaux.
Le premier était de mettre en place, au laboratoire, de nouvelles approches de génie génétique chez les mycobactéries basées sur la technologie CRISPRi. Cette technologie a récemment révolutionné notre champ de recherche, et avoir des outils d’une telle puissance était pour moi une priorité afin de pouvoir répondre rapidement à des questions biologiques d’envergure.
Le second objectif était de comprendre pourquoi certains traitements antituberculeux nécessitent un pH acide pour être efficaces, et ainsi tenter de décrypter leurs mécanismes d’action.
Qu’est-ce que cette thématique nouvelle a pu apporter à votre laboratoire, le LISM, et à l’IM2B de manière plus générale ?
Je pense qu’il y a deux points principaux. Tout d’abord nos questions biologiques et travaux sur Mycobacterium tuberculosis ainsi que le mode d’action de certains antituberculeux sont de premier plan, et par conséquent notre groupe thématique, bien que très jeune, a une visibilité nationale et internationale grandissante.
Ensuite, notre façon d’approcher ces problématiques de recherche est assez singulière. Celle-ci repose sur des technologies innovantes, qui n’étaient pas disponibles jusqu’alors et qui ont le potentiel d’intéresser un très grand nombre de collègues au LISM, au sein de l’IM2B mais aussi à l’échelle nationale et internationale. C’est donc un réel plus pour notre communauté scientifique en général.
De manière concrète, en quoi l’appel à projets de l’IM2B a-t-il permis le lancement de vos recherches ?
Cet appel à projets IM2B a été le premier financement de notre groupe thématique. Il a joué un rôle prépondérant, en permettant d’avoir des moyens humains et financiers pour amorcer le développement de ma thématique de recherche à Marseille. Cet amorçage a permis d’obtenir rapidement des résultats de qualité qui ont largement contribué au succès de projets de recherche de plus grande envergure.
Quelles répercussions vos recherches ont-elles eues dans la sphère scientifique et d’un point de vue applicatif ?
Pour l’instant, c’est un début qui nous paraît prometteur. Nous avons développé des outils génétiques et analytiques qui intéressent un grand nombre de collègues dans la communauté. Nous essayons tant bien que mal de rendre nos données et outils accessibles pour le plus grand nombre afin qu’ils puissent à leur tour bénéficier de ces outils et adresser des questions biologiques qui feront évoluer nos domaines de recherche fondamentale vers, je l’espère, des applications translationnelles importantes.
Pour les retombées applicatives, c’est encore trop tôt pour pouvoir s’avancer sur ce point. Il va nous falloir du temps, du recul pour pouvoir optimiser nos approches afin d’avoir des gains translationnels importants et tenter ultimement d’en faire bénéficier les patients. Mais nous avons de potentielles idées sur lesquelles travailler dans les années à venir.
Si l’appel à projets de l’IM2B a permis d’amorcer ce projet, qu’est-ce qui a contribué à son développement et à sa pérennité ?
Malheureusement, je dirai que le mot pérennité est à prendre avec des pincettes ici, car nous sommes sans cesse à la recherche de nouvelles sources de financement pour pouvoir recruter (et garder) des jeunes scientifiques talentueux qui, à leur tour, feront avancer le projet. Néanmoins, nous avons eu, ces deux dernières années, un taux de succès excellent auprès de différents financeurs tels que l’ANRS, l’ANR ou encore la FEBS, qui nous permettent actuellement de continuer à développer nos projets.